David DALLOIS

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L’Euro : De l’espoir pour certains, du scepticisme pour les autres, des efforts pour tous !

L'euro Selon une enquête TNS-Sofres réalisée en mai 2011 pour la Fondation pour l’innovation politique : « 67 % des Français ne souhaitent pas l’abandon de l’euro pour revenir au franc ». Ce résultat semble en contradiction avec un sondage paru dans le Figaro du 6 décembre 2010 : « 60 % des sondés répondaient alors que l’euro est une mauvaise chose pour l’économie ».

euroToujours est-il que la crise de l'euro ne peut être dissociée de la crise de l'Europe. Faute de réformes et avec une croissance réduite à 1,1 % durant les années 2000, elle connait un net déclin.
Ceci nous conduit à revenir sur la genèse de la monnaie unique (I) puis à analyser les prises de position opposées à l’euro (II). Enfin, les ajustements de la politique monétaire Européenne méritent d’être mis en lumière (III).

I - La genèse : Le traité de Maastricht :

L’euro, devise officielle de l'Union Européenne, est la monnaie unique commune de dix-sept États, qui forment « la zone euro » (Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Portugal, Slovaquie, Slovénie). Elle a été mise en place par le Traité sur l'Union Européenne plus connu sous le nom de traité de Maastricht. Ce traité avait alors lancé l'Union Économique et Monétaire (UEM).

Celui-ci précisait les conditions du passage à la monnaie unique, avec notamment la définition de critères de convergence :

  • Un déficit budgétaire inférieur à 3% du PIB ;
  • Un endettement public inférieur à 60% du PIB ;
  • Des taux d’inflation qui ne doivent pas excéder de plus de 1,5% celui des trois pays membres ayant les plus faibles taux d’inflation ;
  • Des taux d’intérêts réels à long terme qui ne doivent pas excéder de 2% celui des trois pays membres ayant les plus faibles ;
  • Pas de dévaluation monétaire dans les deux années précédant l’intégration à l’union monétaire.

En France, le traité fut ratifié suite au référendum organisé le 20 septembre 1992. Au terme d’une campagne d’un très bon niveau, durant laquelle le RPR se partagea en deux camps (Charles Pasqua / Philippe Séguin pour le NON et Alain Juppé / Edouard Balladur pour le OUI), le OUI l'emporta d’une courte tête avec 51,05 % des suffrages exprimés.

En usage dès 1999, l’euro fut mis en circulation « pour le grand public » le 1er janvier 2002.

    Dès 1992, trois conclusions frappaient les observateurs attentifs :
  • En France, la monnaie unique était loin de faire l’objet d’un consensus ;
  • Les pays adoptant l’euro étaient d’une très grande hétérogénéité;
  • Les critères de convergence étaient difficiles à respecter (Cf. l’endettement actuelle de la France 80 % du PIB, la Grèce 123 % du PIB …)


II - Sortir de l’euro : Projet à très hauts risques !

Aujourd’hui, la majorité des Français (un sondage indique 82%) juge l’euro responsable de la hausse du coût de la vie. De même, ses détracteurs lui reprochent de ne pas avoir été un facteur de croissance et d’avoir privé les États de leurs prérogatives en termes de politiques monétaires.

En conséquence, plusieurs personnalités politiques prônent aujourd’hui un retour au franc. La plus médiatique d’entre-elle est désormais Marine Le Pen.

Que pense-t-elle ?

La Présidente du Front National ne mâche pas ses mots en qualifiant l’euro de profondément négatif. A ses yeux, celui-ci a considérablement affaibli l’économie française. Son programme est sans ambigüité : « la sortie de l’euro est le seul moyen de retrouver la voie de la croissance ». Elle envisage dans le même temps une dévaluation du franc de 20 %.

Quels sont les risques de cette politique ?

L’État Français risquerait tout simplement la banqueroute dont la chronologie pourrait être la suivante :

  1. Quelques jours avant la dévaluation, les épargnants placeraient leurs avoirs à l’étranger pour éviter une dévalorisation de leur patrimoine ;
  2. Cette fuite des capitaux entrainerait le franc dans une dépréciation qui irait bien au-delà de 20 % (peut être 30 à 40 % selon les économistes) ;
  3. La dette Française (Cf- la dette et les déficits du modèle social français), détenue à près de 70 % par des étrangers, est libellée en euros ;
  4. Les créanciers exigeraient d’être réglés en euros (et non en monnaie de singe), ce qui augmenterait donc la dette nationale de 30 à 40 % ;
  5. Pour pouvoir s’en sortir, le gouvernement aurait certainement recours à un vieil expédient : la planche à billet synonyme d’hyper-inflation ;
  6. Pour purger tout cela, le seul remède serait in fine un tour de vis supplémentaire avec à la clé, une très forte remontée des taux d’intérêt qui achèverait notre économie.

Loin de constituer un remède, une sortie de l'euro serait purement suicidaire pour l'économie française !


III - Quelle politique monétaire ?

Si le retour au franc serait synonyme de cataclysme, il n’en demeure pas moins que la politique suivie par la Banque Centrale Européenne (B.C.E) n’est pas exempte de tout reproche.

3.1 - Les propositions irréalistes :

D’aucuns relèvent que l’euro, à l’inverse d’une monnaie « classique », ne dispose ni d’un gouvernement ni d’un budget. Ils en tirent une conclusion radicale : Uniformiser les politiques fiscales et sociales des États Membres pour conduire progressivement à un véritable fédéralisme.

Cela semble à la fois utopique et téméraire pour l’avenir de la coopération Européenne :

Utopique, car qui peut croire que les différences abyssales entre l’Allemagne, la Grèce, le Portugal et la Slovénie puissent s’estomper en quelques années ?
Téméraire, car forcer la réalité est le meilleur moyen d’apporter de l’eau au moulin des « eurosceptiques » voir des « anti-européens ».

3.2- Une plus grande rigueur budgétaire est indispensable :

Les dérives constatées ces dernières années doivent impérativement être stoppées sous peine de faire imploser le système. Les Etats doivent s’astreindrent à des règles de disciplines budgétaires. Aucun pays de la « zone euro » ne peut vivre au dessus de ses moyens et ne doit emprunter plus que sa capacité de remboursement.

3.3- Une plus grande flexibilité économique doit être recherchée :

Pour rendre l’Europe plus compétitive, l’agenda de Lisbonne 2000-2010 prévoyait une plus grande souplesse économique. D’une manière générale, ses ambitions sont restées au stade de simples intentions.

Des réformes structurelles sont à accomplir dans de nombreux pays de la zone euro. Chaque pays doit bien sûr avancer à son rythme, mais il devient urgent de transformer ces modèles économiques et sociaux, et si possible de concert.

3.4- L’euro doit être au service des Européens, et non l’inverse !

L’Union Européenne ne parvient pas à conduire une politique économique dynamique. Depuis ses débuts, la Banque Centrale Européenne (B.C.E) mène une politique déflationniste, défavorable à l’investissement, aux exportations et à la création d’emploi. Sur ce point, il serait plus que souhaitable de ne pas rééditer l’une des erreurs majeures de la politique économique Française durant les années 30.

La stratégie de l’euro fort doit donc être tempérée.
Pour mémoire, la parité euro / dollar est la suivante :
Février 2000 : 1 euro = 1 dollar
Mai 2011: 1 euro = 1,4286 dollars

Pour l’heure, les entreprises françaises doivent s’accommoder d’un euro fort. Si ceci n’a pas eu d’impact sur le premier trimestre 2011 (1 % de croissance), l'appréciation de la monnaie européenne face au dollar est une mauvaise nouvelle pour les entreprises … surtout pour celles qui exportent …
Notre compétitivité et notre déficit commercial n’ont surtout pas besoin de cela ! Un exemple parmi d’autres, le directeur financier des Champagnes Laurent-Perrier (5 % du chiffre d'affaires réalisé aux Etats-Unis) confiait récemment : « Un dollar à 1,15 euro rendrait le marché américain très intéressant, à 1,45 ou 1,50, c'est moins le cas. »

Quoi qu’il en soit, la position actuelle de l’euro interdit toute tentative de conduire des politiques contra cycliques pour lutter contre le chômage et pour doper la croissance.

Aussi, ne faut-il pas non plus s’étonner si la politique conduite par la BCE engendre nationalisme économique et protectionnisme. C’est consternant, mais c’est ainsi.
Pour contrer cela, la seule voie possible est de recadrer les objectifs assignés à la BCE :
Lutter certes contre l’inflation mais s’intéresser également à la croissance économique et à l’emploi !

Commentaires

1. Le samedi 16 juillet 2011, 17:25 par LL

Il a été vendu en son temps que la monnaie "unique" était la solution (au problème que l'on avait pas).
Force est de constater que l'inflation engendrée par celle-ci est une évidence destructrice du pouvoir d'achat....
Évidence masquée par une volonté de vouloir réaliser :
-le plein emploi
- la croissance
Cette dernière étant génératrice de profit pour une faible tranche de la population ( - de 10%) et un simulacre de progrès pour les autres.
Comment en vouloir à ceux qui prônent la sotie de l'€ et à l'indépendance de la déflation, comme pouvoir économique.....?