David DALLOIS

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La crise ! Mais quelles crises ?

La crise ! Mais quelles crises ?
Dettes souveraines, rigueur et … lucidité…

Crises ? Le Figaro du samedi 20 août 2011 a publié une tribune de François FILLON expliquant les enjeux de la crise et les réponses à y apporter. En homme posé, celui-ci donne parfaitement le tempo des échéances électorales à venir : « Personne n’a le droit de mentir aux Français sur les efforts que nous devrons consentir ». Malheureusement, mais le Premier Ministre n’y est pour rien, le temps du politique n’est pas celui de l’économiste … Cela étant, seule une insigne mauvaise foi conduit à ne pas admettre que la crise financière a plombé le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy. Justement, le sentiment d’une crise qui n’en finit pas, le caractère complexe et enchevêtré des différents paramètres ainsi que la désinformation, nécessite de revenir sur les causes et conséquences des crises depuis 2007 (I). Celles-ci représentent pour partie les prémices de la tempête boursière de l’été 2011 (II).


I – Retour sur la crise depuis 2007 :

Le point de départ de la crise trouve son origine dans :

  1. Le financement du crédit immobilier américain ;
  2. L’insuffisance de fonds propres des banques.


1.1- Rappel succinct des différentes crises :

En réalité, il y a eu successivement 3 crises entre 2007 et 2009 : Tout d’abord une crise bancaire, qui a provoqué une crise boursière, qui elle-même a engendré une crise économique.

  • La crise bancaire : Cette crise a elle-même deux faces. L’une qui concerne « les subprimes », c'est-à-dire la dépréciation des actifs liés aux crédits immobiliers américains. Celle-ci a amputé directement les fonds propres des banques. En novembre 2008, le FMI estimait que les besoins de recapitalisation des banques s’élevaient à 765 milliards d’Euros. Ne se faisant plus confiance, les banques ont arrêté de se prêter entre-elles ce qui et a entrainé une crise des liquidités.

N’oublions pas qu’une banque n’est pas une entreprise comme les autres. Pour elle, inspirer confiance est décisif. A défaut, elle peut s’effondrer très rapidement.

  • La crise boursière : L’assèchement des marchés, par la crise des liquidités, a provoqué une première chute de la bourse. Puis, les résultats négatifs des banques (qui ont connu, pour certaines d’entre-elles, des pertes de résultat dues aux subprimes de l’ordre de 60 milliards de dollars) ont amplifié la chute des cours de bourse.

Victime emblématique de cette tornade : la banque Lehman Brothers. Suite à la crise des subprimes, les pertes l’ont contrainte à vendre précipitamment une grande partie de ses actifs. Cette nouvelle dramatique a alors fait chuter sa capitalisation boursière des ¾. A l’inverse de l’attitude adoptée à l’égard d’autres organismes (Bear Stearns ; Merrill Lynch), l’Etat Fédéral Américain est resté sourd à son appel au secours. Le 15 septembre 2008, Lehman Brothers n’avait plus d’autres alternatives que de se déclarer en faillite.

La chute de cette vénérable institution amorça la chute vertigineuse de toutes les bourses mondiales.

  • La crise économique : Conséquence directe des deux crises précédentes, les banques se sont alors trouvées dans l’impossibilité de prêter aux entreprises. Et sans trésorerie, toute l’économie s’est retrouvée paralysée.

A l’inverse de ce qui se passa en 1929, les Etats intervinrent pour stopper l’hémorragie, soit en nationalisant les banques, soit en leur prêtant. Cela n’empêcha pas un net décrochage de la croissance économique en Occident.

1.2- Les causes véritables :

Pour bon nombre d’observateurs, les crises décrites ci-dessus étaient la conséquence de la folie des marchés, et … du libéralisme. Tout ce petit monde s’accordait à réclamer d’urgence de nouvelles réglementations, une intervention massive des Etats, des sanctions, etc …

Sur ce point, comme sur bien d’autres, l’affirmation péremptoire n’aura jamais la force probante d’une démonstration scientifique. Qu’en est-il réellement ?

Il convient d’avoir à l’esprit que les dérives financières ont surtout été provoquées par deux institutions « gouvernementales » Américaines : Fannie Mae et Freddie Mac. De manière très schématique, celles-ci avaient pour mission de refinancer les prêts immobiliers des particuliers, c'est-à-dire de « cautionner » des emprunts privés par le Trésor Américain.

Et puis, ce qui devait arriver arriva. Les banques privées émettrices de crédits immobiliers se sont montrées peu exigeantes en termes de garanties à l’égard des emprunteurs : Soit l’emprunt était remboursé par les ménages, soit garanti … par l’Etat ! Comme le dit l’adage, on est rarement radin avec l’argent des autres.

Ces emprunts, accordés de manières complètement irrationnelles à des ménages peu-solvables, étaient en soit de véritables bombes à retardement (évaluées à environ 5 000 milliards de dollars). Et ces bombes se sont répandues dans toute l’économie mondiale via les mécanismes de titrisation (opération qui consiste pour une banque qui encourt un risque de crédit sur un emprunteur, à transférer ce risque vers un tiers moyennant un paiement).

Il faut cesser d’exciper la théorie du bouc-émissaire. A ce stade, trois remarques :
  1. Les interventions inopportunes des Etats dans l’économie peuvent provoquer des séismes ;
  2. L’anéantissement en quelques semaines de mastodonte tel que Lehman Brother traduit une extrême fragilité de notre système économique ;
  3. Quels ont été les enseignements de cette crise ? Malheureusement, rien de bien concret … Nous n’épiloguerons pas sur l’amoralité de certains dirigeants de sociétés qui tentèrent de se dérober avec des émoluments aussi énormes qu’immérités …


II – La tempête boursière d’août 2011 :

Durant l’été, le CAC 40 a de nouveau connu une chute vertigineuse en passant de 4 000 à 3000 points. Parallèle qui n’est pas sans rappeler la crise du début des années 30 (en 1932 la bourse avait également rechuté, trois ans après 1929 et sans qu’aucune réforme en profondeur n’ait été entreprise). A la différence près, que contrairement à la crise « d’avant-guerre », l’économie ne s’écroule pas … Mais pour combien de temps ?

2.1- Les mesures déployées en 2008-2009 pour sortir de la crise :

Pour enrayer la crise économique, les gouvernements ont injecté massivement de l’argent public. Vieille méthode Keynésienne saluée comme il se doit par les dirigistes de tout bord.

Cette stratégie de soutien à la consommation financée par un surendettement tant du public que du privé montre aujourd’hui ses limites. Dans un contexte d’économie mondialisée, deux effets sont perceptibles :


2.2- Les mesures pour rassurer les marchés et les agences de notation :

Les dettes souveraines (c'est-à-dire les dettes publiques) et notre capacité à les rembourser interpellent les investisseurs et alimentent la crainte générale. Et sans confiance, tout le monde sait bien qu’il ne peut y avoir de développement économique.

Sur fond de prévisions pessimistes pour la croissance économique (+ 1,6 % pour la France en 2011 au lieu des 2 % estimé initialement), le Conseil des Ministres a adopté, le 31 août 2011, un certain nombre de mesures à prendre. Disons le, le gouvernement a eu raison de donner des signes positifs aux marchés car revenir progressivement à l’équilibre budgétaire est une mesure de bon sens.

Ce plan antidéficit a (c’était cousu de fil blanc) été fort mal accueilli par les Organisations Syndicales. Concertées après coup, celles-ci envisagent en réponse une journée d’action pour le 11 octobre. Voilà encore un bel exemple du dialogue social français. Nous y reviendrons prochainement.

Quelques jours après l’annonce du plan (censé économiser 11 milliards d’Euros en année pleine), l’Inspection Générale des Finances assénait que les niches fiscales représentent un manque à gagner de 104 milliards. Cette annonce entache quelque peu la crédibilité du plan antidéficit surtout que celui-ci contient des mesures critiquables (notamment, l’augmentation de la Taxe sur les Complémentaires-Santé. Celles-ci seront contraintes de les répercuter sur leurs adhérents/clients. Dans un contexte de désengagement récurrent de la Sécurité Sociale, cette mesure est pour le moins injuste).

Au-delà de cela, l’urgence d’une remise à plat de la fiscalité est urgente (Cf. Vers une Contre-Révolution fiscale ?).

2.3- Pourquoi ne pas couper également dans les dépenses publiques ?

Selon un sondage paru récemment dans le Figaro, 85 % des Français pensent qu’il faudrait réduire les dépenses publiques pour ramener les comptes à l’équilibre. Malgré cela, les pistes évoquées ci-dessus se concentrent sur une hausse des impôts.

Pourtant de nombreuses personnalités, aussi différentes que Philippe Manière, Denis Kessler, Alain Madelin, Manuel Valls, Edouard Balladur pour n’en citer que quelques unes, plaident pour une diminution des dépenses plutôt qu’une augmentation des impôts.

Certes, les échéances électorales à venir ne plaident pas pour une mise en œuvre immédiate d’une telle décision. Néanmoins, celle-ci devra être une des priorités du prochain quinquennat. Pour autant, une telle politique, aussi salutaire qu’elle soit, sera très difficile à conduire, tant il est vrai que beaucoup de personnes ont intérêt au statu quo.

Notre déficit structurel actuel est d’environ 60 milliards d’Euros par an (soit 165 millions de plus par jour) avec une dette nationale qui avoisinera les 1 700 milliards à la fin 2011. Seule consolation, la France n’est ni la seule ni la plus exposée. Quatre Etats de l’Union Européenne ont une dette qui dépasse les 100 % du PIB.

Prévision Dette Publique

Voici quelques pistes qui pourraient être étudiées pour résorber la dette publique :

  • Recentrer l’Etat sur ses missions essentielles (mais pas d’une manière dogmatique et en évitant de dépouiller les personnels de terrain : Police, gendarmerie, hôpitaux, école) ;
  • Relancer le mouvement de privatisation interrompu en 2007 : Même si le produit potentiel n’est que de 70 milliards, cette piste mérite au minimum de ne pas être écartée d’un revers de main ;
  • Recourir davantage aux délégations de service public, et au-delà mettre le holà sur les missions, les officines, les programmes, les mises aux normes qui sont aujourd’hui un luxe aujourd’hui hors de portée.
  • Diminuer la progression des charges de fonctionnement des collectivités locales. Orienter les investissements pour des infrastructures propices au développement (ex : Très Haut Débit).
  • Recentrer les dépenses sociales qui s’élèvent à 600 milliards par an sur ceux qui en ont le plus besoin. Notre devoir est d’aider les nécessiteux mais il est irresponsable de saupoudrer des aides à tout va sans les contrôler, avec de l’argent que nous n’avons pas.
Comme nous le ressassons régulièrement, la dette abyssale mine la croissance économique. En France, le paiement des 53 milliards d’intérêts mobilise l’équivalent des recettes de l’impôt sur le revenu. Recettes qui devraient être utilisées pour moderniser nos infrastructures (ferroviaires, hospitalières, Numérique Très Haut Débit, etc …) Voilà les conditions indispensables pour le retour à une croissance économique pérenne.

Lorsqu’un pays est endetté comme l’est aujourd’hui la France, seule la croissance économique peut lui épargner une augmentation massive d’impôts ou une inflation galopante.

A défaut, tous les plans de relance ne seront que cautères sur jambes de bois, et les promesses électorales … de pieux mensonges !


Commentaires

1. Le jeudi 29 septembre 2011, 10:01 par Sirius

Intéressante analyse de la situation, qui a le mérite d'être simple et compréhensible. Attribuer à Sarkozy tous les maux qui minent notre économie et notre société relève de la malhonnêteté, même si je n'ai jamais eu beaucoup de sympathie pour le personnage, ni pour son "programme".

La politique française a toujours fonctionné ainsi: à peine une majorité installée et un nouveau gouvernement nommé, l'opposition (qu'elle soit de droite ou de gauche) parle de "reconstruire", critiquant systématiquement tout ce qui sera fait! On verra bien ce que la Gauche fera en 2012, avec un Sénat et une Assemblée à sa botte... Sarkozy avait dit: "le chômage va baisser, je le sais"; c'était il y a environ 2 ans et, depuis, le résultat se fait attendre. On verra si Hollande fera mieux.

Quant à la privatisation, si chère à Alain Madelin que vous citez (et qui a bien fait de se retirer de la vie politique), je ne vois pas ce qu'elle a apporté. SNCF, EDF, France-Télécom; autant de structure qui n'ont gardé de l'époque du "service public" que les travers, et y ont ajouté les vicissitudes du secteur privé, à commencer par le manque de considération du client (anciennement appelé usager), ainsi qu'une politique commerciale des plus arrogantes.