David DALLOIS

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Labourage et pastourage, 3 ...

Labourage et pastourage sont-ils toujours les deux mamelles de la France ? 3
La production viticole Française

Vignes au printempsLa récolte 2011 a permis à la France de redevenir le premier pays producteur mondial de vin, place perdue au profit de l’Italie depuis 2007. Dans une économie mondialisée, chaque nation a intérêt à mettre en valeur les productions pour lesquelles elle possède un avantage comparatif, nous l’avons dit et répété. Or, le vin est l’un de ses atouts. Tant au niveau national (I) que pour le Cher (II), il convient de dresser un rapide panorama. Ceci fait, cela nous permettra d’identifier quelques inquiétudes de la filière (III).

I – Situation économique et sociale au plan national :

1.1 - La production viticole française en 2011 :

La France est le 1er producteur mondial devant l’Italie et l’Espagne (en millions d’hectolitres) :
Prévision de récolte 2011

L’Organisation Mondiale de la Vigne et du vin (OIV) estime la production mondiale de vin 2011 comprise entre 264 et 273 millions d’hectolitres. La production Française totale est d’environ : 50 Millions d’hectolitres. Présent dans 80 départements, le vignoble métropolitain occupe 788 700 hectares (3 % de la surface agricole utilisée). A noter qu’en 10 ans, les vignes à raisin de cuve ont perdu 11 % de leur superficie.

Le nombre d’exploitation viticole est de 87 400 exploitations (18 % des exploitations agricoles).

La surface moyenne d’une exploitation qui est de 9 hectares présente de grandes disparités selon les bassins viticoles (2,4 hectares en Champagne ; 14,4 hectares en Aquitaine ; 25 hectares en Corse).

1.2 - Aspects sociaux de la filière :

L’emploi généré par la filière viticole est difficile à mesurer avec précision. L’enquête «structure 2005» d’Agreste estimait que 142 051 Équivalents Temps Plein travaillent dans les exploitations spécialisées en viticulture (soit environ 240 000 personnes physiques).
Les viticulteurs français

Age des viticulteurs français

1.3 - Le rôle de la filière dans les exportations françaises :

La filière viticole figure au premier rang des exportations françaises. Le montant des exportations s’élevaient en 2010 à plus de 6 milliards d’euros (du même ordre que l’industrie automobile, l’industrie aéronautique et l’industrie pharmaceutique).

1.4 - La réglementation :

La réglementation européenne dans le cadre de « l’Organisation Commune du Marché vin » regroupe les vins en deux grandes classes :
¤ Les Vins de Qualité Produits dans des Régions Déterminées (VQPRD) :

En France, cette catégorie se subdivise entre les vins :

  • D’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) ;
  • D’Appellation d’Origine – Vins Délimités de Qualité Supérieure (AO-VDQS).

¤ Les vins de table :

Dans cette catégorie, on distingue également :

  • Les vins de table proprement dits ;
  • Les vins de pays à indication géographique.

1.5 - La consommation Française :

Longtemps mal connus et délaissés des consommateurs, les vins rosés suscitent depuis une dizaine d'années un engouement sensible.

Achat de vin par couleur

Pays de forte production et puissant exportateur, la France consomme surtout du vin français comme le témoigne le tableau suivant.
Achat de vin par origine

II – Le Cher :

Les vignobles dits « du Centre-Loire » s’étendent sur environ 5 400 hectares, bénéficiant de 8 Appellations d’Origine Contrôlée (A.O.C.) :

  • Sancerre (Cher) ;
  • Menetou-Salon (Cher);
  • Quincy (Cher);
  • Reuilly (Indre);
  • Châteaumeillant (Cher);
  • Pouilly sur Loire (Nièvre) ;
  • Pouilly Fumé (Nièvre) ;
  • Coteaux du Giennois (Loiret+Nièvre).

2.1 – Sancerre :

Le vignoble Sancerrois s’étend sur 2 700 hectares exploités par 350 vignerons (On y trouve également 25 négociants-producteurs et une cave coopérative).

Les 2 700 hectares sont répartis sur 14 communes : « Bannay, Bué, Crézancy, Menetou-Ratel, Ménétréol, Montigny, Saint-Satur, Sainte Gemme, Sancerre, Sury en Vaux, Thauvenay, Veaugues, Verdigny, Vinon ».

En 2010, la production fut de 175 108 hectolitres :

Récolte de Sancerre 2010

Il convient de relever que la production de blancs à Sancerre de l’ordre de 80% est prédominante (contre 65 % pour le Menetou-Salon).

La Maison des Sancerre (inaugurée en 2005 et créée par les vignerons Sancerrois) est un formidable ambassadeur en étant l’interface entre :
=> La ville ;
=> Le tourisme œnophile ;
=> Le vignoble et ses vignerons.


2.2 – Menetou-Salon :

Le vignoble de Menetou-Salon couvre 466 hectares exploités par 70 vignerons.

L'aire d'appellation couvre 10 communes : « Menetou-Salon, Aubinges, Morogues, Parassy, Pigny, Quantilly, Saint-Céols, Soulangis, Vignoux-sous-les-Aix et Humbligny ».

En 2010, la production fut de 26 364 hectolitres :

Récolte de Menetou Salon 2010

III – Limites et inquiétudes :

3.1 - Droit du travail :

Comme toute activité consommatrice de main d’œuvre, la production viticole subit la rigidité du droit du travail français. Que celui-ci protège l’intérêt des salariés, nul n’y trouve à redire. Que celui-ci soit abscons et soumette l’entreprise à des contrôles tatillons, quel est l’intérêt ?

En pratique, la règlementation sur l’embauche (notamment pour les contrats précaires lors des vendanges) ne protège en rien le salarié et expose le chef d’entreprise à des sanctions lourdes.

Au-delà de la spécificité du contrat vendange, la refonte du droit du travail s’impose pour bien des secteurs (Equipementier automobile, distribution, hôtellerie-restauration, arboriculture, etc.) Tant en ce qui concerne la déclaration préalable à l’embauche, que le formalisme du contrat, que les dangers inhérents à la rupture, davantage de souplesse serait nécessaire.

Dans l’agriculture, la législation doit permettre d’être réactif car le fruit mûr n’attend pas. Il en va de la survie de la récolte !

3.2 - Libéralisation des droits de plantation :

Les ministres de l’agriculture des pays membres de l’Union Européenne ont conclu, le 19 décembre 2007, un accord sur la réforme de l’Organisation Commune de Marché « vin ».

Pour la Commission Européenne, l’encadrement actuel du potentiel de production est un frein au développement des exploitations. Aussi, conformément à « ses préconisations », l’accord précité prévoit la suppression progressive des droits de plantation selon le calendrier suivant :

  1. Au 1er janvier 2016 : L’interdiction de planter serait supprimée au niveau européen ;
  2. Jusqu’au 31 décembre 2018 : Chaque pays pourrait opter pour le prolongement temporaire du système actuel ;
  3. Dès le 1er janvier 2019 : La vigne pourrait être plantée par tout le monde et à tout endroit.

Selon la Confédération Nationale des Producteurs de Vins à appellations d’origine contrôlées (C.N.A.O.C), les conséquences d’une telle politique seraient préjudiciables pour :

  • Les paysages ;
  • L’environnement ;
  • Le tourisme ;
  • L’emploi ;
  • L’image du vin ;
  • La valeur du foncier en AOC.

En outre, cette perspective, si elle devait devenir opérationnelle, se traduirait (via l’augmentation de la production qui en découlerait) par un déséquilibre entre l’offre et de la demande.

Et dans la mesure où nous avons coutume, dans notre cher pays, d’appeler les pouvoirs publics sans arrêt à la rescousse, il est à craindre que le contribuable serait mis à contribution. En pleine crise des dettes souveraines (Cf - La dette et les déficits… du modèle social Français), est-ce bien la voie à suivre ?

En tout état de cause, la profession est vent debout contre cette décision (Cf – Les propos du Président de l’Union Viticole Sancerroise : " Notre avenir à tous est mis en péril "). Le bon sens recommande de lui faire confiance car nombre de décisions d’essences technocratiques ont souvent entraîné notre économie nationale dans bien des impasses.

3.3 - Modération ou abstinence ? Modération ou autocensure ?

Depuis 1991, la loi « dite loi Evin » encadre la publicité pour les boissons alcoolisées. Celle-ci répondait au départ à un objectif de santé publique :

  • Favoriser la prévention ;
  • Limiter les excès et les comportements à risque.

Depuis 20 ans, si la jurisprudence a précisé les contours de l’encadrement de la publicité, elle a aussi mis en relief une grande insécurité juridique. Les condamnations de certains journaux pour publicité illicite en sont l’un des exemples. En effet, le terme même de « publicité », est mal défini (quelle est la limite entre publicité et information ?) et conduit dorénavant à une autocensure des producteurs. Ce qui devrait heurter certaines consciences car la liberté d’expression est une liberté fondamentale !

La censure de la publicité de Bordeaux « boire moins, boire meilleur » en est un second exemple.

Troisième exemple rapporté par la Présidente de l’association Vin & Société, Mme Marie-Christine Tarby : « quand Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture, passe à la télévision dans Un diner presque parfait pour célébrer le classement du repas français à l’Unesco , il n’a même pas le droit de présenter le vin qui accompagnera le repas, alors que le vin est un fleuron de notre patrimoine et de notre gastronomie ! ».

Comme le remarquait avec justesse, Mr Philippe Martin (député de la Marne et président de l’Association Nationale des Elus de la Vigne et du Vin) « Aujourd’hui, le monde du vin ne sait plus comment faire connaître son produit sans être attaqué ».

En pleine explosion du phénomène de « binge drinking » (absorption massive et rapide d’alcools « durs » pratiquée par les jeunes), il serait irresponsable de ne pas prendre le sujet de la santé publique au sérieux. Pour autant, il est indéniable que le problème véritable réside dans l’abus et non dans la consommation en tant que telle.

Ensuite, si l’on déplore les comportements d’addiction à l’alcool, les raisons ne sont-elles pas à rechercher dans la dilution du lien social ?

Un peu de recul sur le sujet et un peu moins de passion, permettraient certainement de concilier la santé publique et la préservation du patrimoine viticole. Un exemple à méditer : La Finlande et le Danemark ont assoupli leurs lois, en favorisant une communication plus culturelle sur l’alcool, mettant l’accent sur les abus afin d’éduquer davantage les consommateurs.


En conclusion :

Pour son histoire, sa qualité ainsi que pour sa contribution à l’économie nationale, la viticulture est l’un des fleurons de notre pays. Dans le véritable marasme que vit la France aujourd’hui, cela mérite d’être rappelé.

Si la population en est généralement consciente, peut-être n’en est-il pas toujours de même de la part d’une certaine « intelligentsia ». Possédant probablement l’une des plus belles traditions viticoles, la France est également le pays où la règlementation est la plus draconienne. En forçant un peu le trait, on peut avoir l’impression que l’on s’acharne à détruire ce qui fonctionne.

Trois autres points méritent d’être soulignés :

  1. Le projet de Plan de Prévention des Risques Inondations (PPRI) qui pourrait se traduire par des restrictions [au niveau de certaines plantations ou de constructions] sans communes mesures avec les risques encourus, soulève à juste titre une vive inquiétude de la profession.

  2. Nous avons déjà eu l’occasion d’aborder l’Euro en mai 2011 (Cf - L’Euro : De l’espoir pour certains, du scepticisme pour les autres, des efforts pour tous !) La crise actuelle imposera que nous y revenions. Mais attention également à un Euro surévalué qui pénalise nos exportations.

  3. A l’approche des échéances électorales, nous voyons refleurir les vieilles lubies protectionnistes. Nous avons également tordu le cou à ces sombres perspectives (Cf – La funeste tentation du protectionnisme). Soyons lucides, si nous instaurions des droits de douane ou des contingents aux autres pays pour protéger certaines de nos filières, il y aurait forcément des représailles pour nos exportations ! Ce qui s’appelle déshabiller [Saint] Pierre pour habiller [Saint] Paul …


Commentaires

1. Le vendredi 13 janvier 2012, 09:28 par Paul H

Intéressante présentation des statistiques; je ne savais pas qu'il se vendait en France plus de Rosé que de Rouge. Que proposez-vous pour "assouplir le droit du travail"?

D'autre part, concernant les plans de prévention des risques, il y aura certes et comme partout des excès dus à la rigidité des procédures appliques par nos fonctionnaires de l'Administration.

Par contre, la cupidité de certains exploitants, associée à la certitude de ne pas avoir à mettre la main au portefeuille lorsqu'il s'agit de réparer les dégâts dus à leurs propres erreurs, a conduit à des aménagements réalisés en dépit du bon sens. A force de vouloir valoriser le moindre centimètre carré de terre, on a détruit les anciens aménagements (fossés, haies, etc) destinés à limiter le ruissellement, avec les conséquences qu'on sait.

2. Le vendredi 16 mars 2012, 23:57 par Guillaume Besset

Très intéressant, mais il serait aussi important je pense de parler de l'augmentation actuelle des ventes dans la viticulture biologique !
(ainsi que tous les avantages associés pour la santé)