David DALLOIS

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Compétitivité de la France : Etat d’alerte !

Compétivité Depuis 30 ans, on assiste à une érosion continue des parts de marché de la France à l’export (3,8% en 2010 contre 6% en 1980). Pourtant, il faut bien admettre que la compétitivité n’a jamais été au centre des enjeux électoraux. Constat préoccupant, car un pays qui n’est pas compétitif, c’est-à-dire qui n’est pas capable de vendre ses biens sur le marché international, est condamné à avoir des difficultés grandissantes.

Comment analyser cette dégradation de la situation ? (1.1) et en déterminer les causes (1.2) sont deux questions pertinentes ? Puis, prendre le recul nécessaire à l’égard de certaines mesures telles que la TVA sociale (2.1) avant d’envisager les pistes du redressement (2.2) s’impose.

I – Un commerce extérieur en grande difficulté :

1.1 - Constat :

Aujourd’hui, la France n’est plus que le 5ème exportateur mondial derrière la Chine, l’Allemagne, les États-Unis et le Japon.

En 2011, le déficit commercial aura été de 75 milliards d’Euros. L’état de notre balance commerciale illustre malheureusement notre perte de compétitivité. Le graphique reproduit ci-dessous traduit le décrochage continu de notre économie passée d’un solde positif en 2002 à un déficit récurrent depuis 2005.

Solde balance commerciale

Selon l’OCDE, la compétitivité se définit comme « la mesure dans laquelle un pays peut (…) produire des biens et services qui répondent aux normes des marchés internationaux tout en assurant et en augmentant le revenu réel de sa population à long terme ».

Comme le relève le patronat (MEDEF, CGPME, UPA) et les syndicats (CFDT, CFTC, CGC) dans un rapport commun daté du 6 juin 2011, « la compétitivité est la résultante complexe d’un certain nombre de facteurs qualitatifs et quantitatifs comprenant » :

  • La compétitivité coût/prix : corollaire du coût du travail, mais aussi d’autres coûts (matières premières, énergie, consommations intermédiaires, biens d’investissement, ...) ;
  • La compétitivité hors prix : qui comprend notamment les services liés au produit, l’innovation, la réputation de qualité du produit, son adaptation au besoin du client, le bon usage des TIC, la formation des salariés.

Le classement des économies les plus compétitives établi par le Forum de Davos classe la France à la 18ème place. Ce classement prend en considération 12 critères parmi lesquels : (Institutions ; infrastructure ; environnement macroéconomique, santé et éducation de base, enseignement supérieur et formation, fonctionnement du marché des biens, efficacité du marché du travail, développement du système financier, agilité technologique, innovation).

Classement compétitivité

Selon Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS, le décrochage Français présente trois caractéristiques :

  • Il porte pratiquement sur tous les secteurs (A l’exception notamment de l’industrie aéronautique et pharmaceutique, de la viticulture,…) ;
  • Il concerne toutes les parties du monde (l’Asie émergente comme l’Allemagne) ;
  • Il n’est pas provoqué uniquement par la seule montée en puissance des émergents puisque les parts de marché de la France baissent même au sein de la zone euro (de 17% en 1998 à 13% en 2010).

D’autres chiffres illustrent ce constat :

En 2010, la France a accusé un déficit commercial de 51,5 milliards d’Euros tandis que l’Allemagne a dégagé un excédent commercial de 154 milliards.

Il y a 10 ans, les exportations Françaises représentaient 55 % des exportations allemandes. Désormais, elles n’en représentent que 40 %. Si nous avions conservé le même rapport, la France exporterait pour 150 milliards supplémentaires.

1.2 – Les causes :

Sans prétendre à l’exhaustivité, voici quelques causes de la défaillance de notre économie :

  1. Une fiscalité pénalisante ;
  2. Un Euro trop fort ;
  3. Des dépenses de recherche-développement insuffisante ;
  4. Des PME trop peu nombreuses et de tailles trop modestes ;
  5. Des entreprises manquant souvent de fonds propres et disposant d’une capacité d’autofinancement trop faible ;
  6. Un sous-financement chronique de l’enseignement supérieur ;
  7. Un volume d’heures de travail bien moindre que nos concurrents.
Bien sûr, la compétitivité n’est pas une fin en soi, mais elle est l’une des conditions de la croissance économique. Sans elle, il est vain d’espérer la création de richesses, la création d’emplois, l’amélioration des conditions de travail des salariés ou la progression de leurs niveaux de vie.


II – Quelles pistes pour se redresser ?

2.1 – La TVA sociale : un remède bien hypothétique :

Fréquemment lorsque l’on évoque la compétitivité des entreprises surgit la problématique des charges sociales trop élevées. Pourtant depuis plus de 20 ans, les gouvernements successifs ont accordé une multitude d’exonérations de charges, qui n’ont pas eu d’autres effets que de déséquilibrer les comptes sociaux.

La TVA sociale aurait pour objectif de diminuer le coût du travail en transférant une partie des charges sociales sur une TVA augmentée sur les produits importés. De prime abord, l’intention est louable.

Mais attention, ce ne sont pas les produits importés qui paieront cette majoration de TVA mais les consommateurs. En période de récession, on peut se demander si amputer le pouvoir d’achat des Français est une bonne solution. Au surplus, les recettes supplémentaires procurées par une hausse d’impôts serait probablement plus utiles à être affectées à une réduction du déficit public.

En ce qui concerne la compétitivité proprement dite, est-il raisonnable de penser qu’une baisse du coût du travail (de 4 à 5 % selon certaines estimations) sera suffisante pour concurrencer les pays étrangers ? Chez certains d’entre eux, le coût du travail étant parfois 5 à 10 fois moins important qu’en France ... il est vraiment permis d’en douter.

Certes, de manières générales, une baisse du coût du travail par la baisse des charges est souhaitable. Mais, pour ne pas être un miroir aux alouettes, cette baisse doit principalement résulter d’une baisse des dépenses sociales et/ou d’une refondation de la Protection Sociale. Pour l’instant, nous n’en prenons pas le chemin !

Ce qui compte réellement pour un chef d’entreprise, c’est le coût total du travail, particulièrement celui des salariés non-qualifiés. Mais attention, à ce petit jeu, nous trouverons toujours quelqu’un qui produira moins cher que nous. Les véritables voies du redressement sont donc à chercher ailleurs.

2.2 – Les véritables voies du redressement :

La dégringolade de notre pays n’est en rien une fatalité. L’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, l’Autriche, la Finlande ont un excédent de leur balance commerciale.

D’abord, nous ne devons pas céder au découragement. L’Allemagne, pays à bien des égards comparables au notre, a renoué avec une croissance économique forte, ce qui lui permet de réduire ses déficits budgétaires et son taux de chômage. Pourtant, celle-ci a subit, en intégrant les Lander de l’ex-RDA, un choc économique d’une toute autre ampleur que celle qu’à connu la France.

La capacité qu’a eue l’Allemagne de rebondir doit retenir notre attention. Mais pour ce faire, ce pays a accepté de s’imposer une thérapie de choc qui s’est avérée salutaire. Bien sûr, tout n’est pas idyllique, car la déflation salariale allemande (imposée suite de la réunification) n’est pas un modèle en soit.

Pour redresser notre compétitivité, trois pistes pourraient être explorées :

1/ S’attaquer méthodiquement aux causes de notre défaillance citées en partie 1.2 :

Mûrement réfléchies, déployées lentement mais sûrement, des réformes devront impérativement être conduites dans les années à venir.

A cette fin, un calendrier de réformes précis devra être arrêté dont les grandes étapes et les objectifs devront être expliqués à la population. Au demeurant, pour être acceptées, celles-ci devront être cohérentes.

Depuis plus d’un an, nous avons abordé la plupart de ces sujets dans nos différents articles :

2/ S’orienter vers l’innovation, la créativité, l’investissement, la qualité :

Somme toute, notre handicap n’est pas d’abord lié au coût du travail mais à une « offre insuffisante ». Les quatre piliers décrits ci-dessus doivent être la boussole de l’économie française : Innovation ; créativité, investissement et qualité.

L’important n’est pas de produire pour produire, mais de produire des biens qui répondent aux besoins des acheteurs potentiels. Il nous donc faut investir davantage dans la qualité et le renouvellement de nos produits.

Pour notre pays, le salut passe par une stimulation de l’innovation, de la créativité, de la montée en gamme des produits exportés et des éléments de compétitivité coûts.

Comme l’explique Laurent Faibis (Président de l’institut d’études économiques Xerfi), production matérielle et production de services seront de plus en plus imbriquées pour créer des produits de qualité. Selon lui, et il a raison, il convient d’investir massivement dans les technologies qui permettent de gagner en productivité.

3/ Une révolution culturelle à l’égard de l’Entreprise :

Pour s’en sortir, nous devons absolument développer des entreprises de tailles moyennes plus importantes capable d’attaquer les marchés internationaux.

A l’heure actuelle, notre tissu d’entreprises de taille moyenne est le plus faible d’Europe. La faute, en grande partie, à un état d’esprit très défavorable à l’entreprise. Au contraire, il convient de valoriser, l’Entrepreneur, son audace, sa réussite ...

De manière concrète, deux mesures pourraient être prises par le prochain gouvernement :

  1. Stabiliser la règlementation : Il n’y a rien de plus déroutant que d’être toujours en train de se mettre à jour. Et quitte à ce que les pouvoirs public légifèrent, autant qu’ils le fassent une bonne fois pour toutes en adoptant l’équivalent du Small Business Act Américain (Loi votée en 1953 aux États-Unis visant à favoriser tissu dense et vivant des petites entreprises américaines).
  2. Un autre regard de l’administration : Trop souvent, les entrepreneurs sont perçus comme des suspects à contrôler. Certes, comme partout, il existe des fraudeurs qui méritent d’être sanctionnés. Mais sur le principe, il faudrait que l’administration soit, pour partie, composée d’agents issus du monde de l’entreprise pour arriver à une coopération plus efficace et non empreinte de suspicion réciproque.

En conclusion :

Notre pays possède indéniablement de beaux atouts (situation géographique favorable, productivité de ses salariés, dynamisme démographique). Ceux-ci nous permettent d’espérer.

Mais pour éviter de les gaspiller, restaurer l’équilibre de nos finances publiques et accroître la compétitivité de notre appareil productif devront être au centre des débats électoraux de 2012, et être la priorité du prochain gouvernement.

Seule la poursuite acharnée de ces objectifs pourra permettre de renouer avec une croissance économique vigoureuse. Et celle-ci est incontournable pour dans un premier temps désendetter notre pays puis augmenter le niveau de vie.

Dans une économie mondialisée, la compétitivité doit être appréhendée d’une façon systémique et globale : Environnement juridique, fiscal, social ; attractivité du territoire ; système de recherche et de formation ; qualité des infrastructures ...

L’instauration du Fonds Stratégique d’Investissement et du crédit impôt-recherche durant ces dernières années, vont dans le bon sens, mais il faut surtout que les pouvoirs publics inspirent confiance pour redonner aux patrons de PME l’envie de grandir et de conquérir de nouveaux marchés !



Commentaires

1. Le jeudi 2 février 2012, 14:22 par durand

suite a l article petit commentaire si les banques faisait plus confiance au petite entreprise sa serais mieux dans la vie faut prendre des risques mais ne pas jetter l argents par les fenetres ces le cas et revoire tous les salaires

2. Le jeudi 2 février 2012, 14:50 par Paul H

A la lecture du solde de la balance commerciale, qui plonge en 2007 et reste depuis dans le rouge, bien d'autres que vous en auraient facilement conclu que la faute en revenait à Sarkozy, faisant ainsi une analyse simpliste de la situation!

A lire vos arguments, un pays en bonne santé doit avoir une balance commerciale excédentaire, ce qui semble logique. Par contre, je ne vois pas comment tous les pays pourraient se retrouver dans cette situation (raisonnement purement mathématique), ce qui semble prouver que, pour que certains se portent bien, d'autres doivent être malades...

3. Le jeudi 2 février 2012, 15:16 par J.Leblanc

Que la balance d'un pays soit excédentaire ne signifie pas qu'il doive saigner à blanc ses clients.
La réponse à votre remarque Paul se trouve dans l'article sur le protectionnisme paru durant l'été.