David DALLOIS

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Le patrimoine et la culture : Les racines et l’épanouissement de notre société

Journées du Patrimoine La notion de Patrimoine, de sa valorisation et de sa préservation est de plus en plus présente dans notre quotidien. La création de l’UNESCO au lendemain de la seconde guerre mondiale et l’apparition des Journées Européennes du Patrimoine en 1984 sont des signes forts de la prise en compte du patrimoine culturel par les gouvernants. Essayons de faire un état des lieux, et de démontrer le lien avec l’économie

I – Un brin d’histoire :

C’est au 17ème siècle qu’on commença à s’intéresser à la préservation de ce qu’on appelle aujourd’hui le Patrimoine. François Roger de Gaignières en précurseur des conservateurs de musées, allait inventorier les œuvres du Moyen-âge, et les mettant à disposition de Louis XIV, jetait les bases de ce qui devint bien plus tard la Bibliothèque Nationale de France. Dans la tourmente de la Révolution Française, c’est l’Abbé Grégoire qui allait en quelque sorte instaurer la notion de préservation du patrimoine. Il s’agissait alors d’être particulièrement réactif face aux dégradations massives des édifices religieux, des objets de culte et de toutes les richesses qu’ils abritaient. Évidemment, plus proche de notre époque, nous n’oublierons pas de citer Prosper Mérimée pour la préservation du patrimoine et André Malraux pour la promotion de la culture.

II - Inventaire :

Héritage des biens matériels et immatériels des générations passées, notre patrimoine prend aujourd’hui plusieurs aspects : Le bâti érigé pour des considérations matérielles, monuments ou ouvrages d’art. La nature au travers de ses paysages, de sa flore et de sa faune. Les créations artistiques faites par l’homme dans un unique objectif culturel, les arts plastiques, la littérature, la photographie, la musique, etc. Paraissent plus anecdotiques mais néanmoins incontournables les richesses de nos terroirs comme la gastronomie, les contes et légendes …

III - Rapport à l’histoire :

Incontestablement l’examen de notre patrimoine nous ramène à l’histoire. La fréquentation en hausse des lieux dédiés témoigne de l’intérêt grandissant porté par le public :

3.1 - Pour le patrimoine bâti :

  • Les monuments historiques ;
  • Vestiges historiques, habitats romains, ou plus anciens ;
  • Les lieux de guerre (Est de la France, plages de Normandie, etc.) ;
  • Les lieux de vie (Châteaux de la Loire, etc.) ;
  • Les sites en lien avec les religions (Cévennes, villes de pèlerinages, etc.) ;
  • Les lieux auxquels les habitants sont attachés localement : l’église du village, le lavoir où se sont racontées toutes les histoires des familles du lieu, etc.

3.2 – Pour le patrimoine naturel (exemple en Berry) :

  • Les marais de Bourges qui nous ramènent à Avaricum ;
  • Les pâturages de la vallée de Germigny (il n’en reste plus beaucoup hélas !) les vallons du Pays-Fort, ou ceux du Sud du Cher qui sont précurseurs des monts d’Auvergne ;
  • Les petites rivières à truites le long desquels nos grands-parents passaient le dimanche ou les grands fleuves majestueux qui accueillirent les puissants de l’Ancien Régime ;
  • Les grandes forêts, pauvres en Sologne, au riche potentiel de bois d’œuvre initiés par Colbert à Tronçais ;
  • Les habitats d’animaux ou les végétaux précieux en voie de disparition qui faisaient pourtant le quotidien de nos ancêtres.

3.3 – Pour la création :

  • La musique ancienne est parfois réappropriée par quelques « artistes » contemporains tandis que la musique classique fait de plus en plus l’objet de festivals estivaux ;
  • D’autres festivals comme Le Printemps de Bourges s’avèrent de véritables bouillons de culture comme l’étaient les grands rassemblements festifs médiévaux ;
  • Les galeries d’arts se développent depuis une quarantaine d’années y compris dans de petites localités ;
  • La danse folklorique et la littérature locale sont elles aussi remises au goût du jour.

IV - Mise en valeur :

Localement, au plus près du terrain, la vie associative prend tout son sens dans la valorisation de très nombreux petits patrimoines. Le grand nombre de retraités dynamiques, disponibles, avec un niveau de revenus décent, est à bien des égards un des moteurs de la vie associative culturelle. Invitant des bénévoles passionnés de tous horizons à œuvrer ensemble pour une même cause, les associations culturelles représentent de formidables exemples de tolérance. Même si ces structures-là fonctionnent dans le bénévolat, elles génèrent une activité économique non négligeable.

De plus, l’explosion du temps libre permet aux couches sociales qui en ont les moyens et la curiosité d’en consacrer une partie au tourisme culturel.

4.1 - La voie du tourisme culturel est ouverte.

La culture habituellement considérée comme un domaine de consommation publique, rejoint le tourisme qui est un secteur productif. Il est désormais possible de conjuguer découvertes touristiques, gastronomie locale, vulgarisation culturelle et décontraction le temps d’un week-end.

A l’échelle départementale ou pluri-départementale, des acteurs touristiques dynamiques montent des réseaux qui se mettent en place avec plus ou moins de bonheur, mais favorisent incontestablement le développement d’une réelle économie locale :

  • Accueil, hébergement, restauration à destination des visiteurs ou passionnés.
  • Potentielles créations d’emplois.
  • Ouvertures de marchés pour les entreprises spécialisées dans la réhabilitation de sites.
Nombre de microrégions françaises ne doivent leur survie qu’à des initiatives en faveur de la préservation de leur patrimoine. Le patrimoine est l’âme d’une région et d’une nation. Sa préservation crée de la richesse.

4.2 - Des obstacles :

Tout n’est pourtant pas si simple. Un des maillons indispensables dans le développement culturel, et pour tout dire humain, en est encore qu’à ses balbutiements dans notre système éducatif. (Cf : L’enseignement en France). Comment faire comprendre à nos élèves de primaires et de collèges le lien entre le lavoir communal, les vitraux de l’église, le calvaire érigé au carrefour voisin et l’histoire de leur pays quand ils passent deux ou trois heures par jour devant des écrans vidéo qui les enferment dans un monde virtuel coupé de la réalité ?

Sur le terrain, des contradictions surgissent un peu partout et conduisent à faire des choix parfois cornéliens :

4.2.1 - Dans le patrimoine bâti :
  • Quel budget peut-on attribuer à une réhabilitation sans pénaliser le financement d’actions du domaine social par exemple ?
  • Qui doit intervenir, pouvoirs publics ou mécénat privé ?
  • Un propriétaire privé a-t-il le droit de laisser un patrimoine historique à l’abandon ?
4.2.2 - Dans le patrimoine naturel :
  • Jusqu’où peut-on aller dans la protection d’un site sensible sans mettre en péril le déploiement indispensable de l’industrie et des voies de communications ?
4.2.3 - Dans le domaine artistique :
  • Jusqu’où peut-on accompagner la promotion de l’art contemporain quand les acteurs refusent d’intégrer le système économique indispensable à la vie d’un pays ?


V - A grande échelle, Qui fait Quoi ?

5.1 - La valorisation à grande échelle de toutes ces richesses reste compliquée.

Dans les milieux culturels, les acteurs maitrisant parfaitement leur domaine se croient inébranlables. Ils naviguent parfois avec des œillères en prenant le risque de se marginaliser.

Pour l’instant en matière culturelle, le moins que l’on puisse dire, c’est que les intervenants sont divers et ce n’est pas exagéré de dire qu’ils sont peu visibles. Tout le monde s’en mêle : Etat, régions, départements communes, communautés de communes … Même si dans le domaine de la culture, l’impulsion initiale est incontestablement venue de l’État, sur ce plan comme sur bien d’autre, il faudrait reprendre une nouvelle étape de la décentralisation. Ce modèle, encore profondément marqué par la centralisation Jacobine, ne permet pas un fonctionnement optimal.

Les régions peinent à trouver leurs marques. Certes, elles soutiennent de nombreuses manifestations sans en avoir la responsabilité directe dans une posture de guichet. Ce qui n’est satisfaisant pour personne et surtout pas pour le contribuable.

Au contraire, les Régions doivent devenir à terme des acteurs à part entière sur le plan de la culture. Elles doivent devenir de véritables interfaces entre l’État, les autres régions de l’Europe et du monde et les autres collectivités locales. De plus, elles possèdent la taille critique suffisante pour conduire de véritables opérations.

Au sommet, il faut un État stratège et coordonnateur qui accompagne les élus et les agents des collectivités et qui ne bride pas les initiatives privées.

Dépenses culturelles

5.2 - Importance de la notion de territoire.

Attirer le public de proximité. Exemple de la Grande-Bretagne :

Cela étant, on peut revitaliser les petites communes par la culture (comme nos amis Québecois). La culture contribue au développement des collectivités. En plus de son apport à l’offre touristique, elle a un impact social, notamment sur la qualité de vie des citoyens.

Selon un rapport élaboré par Regional Cities East (une alliance de 6 villes du Royaume-Uni), les petites municipalités auraient tout avantage à inclure les arts et la culture dans leur stratégie de développement pour 6 raisons :

  1. Stimuler une activité économique complémentaire;
  2. Donner une seconde vie aux biens immobiliers et à d’autres équipements, afin de veiller à la conservation du patrimoine;
  3. Créer ou bonifier un sentiment identitaire fort et positif des habitants envers leur ville ou leur région;
  4. Susciter la mobilisation citoyenne et rendre la population active dans sa municipalité;
  5. Favoriser les échanges interculturels entre les citoyens et rassembler des individus provenant de différentes origines;
  6. Inclure les groupes marginaux et les faire participer à des actions collectives.

A l’appui de ce qui vient d’être décrit ci-dessus, une étude de l’OCDE met en exergue que le secteur de la culture peut contribuer à la lutte contre l’exode de la population et au développement du tourisme dans de nouveaux lieux.

Pour obtenir les retombées souhaitées, Regional Cities East recommande 4 actions aux autorités locales, régionales ou nationales :

  1. Collaborer avec des partenaires afin de mettre en commun des ressources matérielles, immobilières et humaines;
  2. Mobiliser les citoyens, condition préalable à l’éclosion d’une ville créative;
  3. Développer des pôles culturels avec l’aide de programmes de co-investissement qui assurent le regroupement des ressources indispensables au succès des projets;
  4. Faire preuve d’un esprit d’initiative créatif afin d’intégrer les projets culturels dans les priorités des autorités locales.

(Source : extrait d’un article sur le blog « réseau de veille touristique du Québec »)

5.3 - Les retombées économiques :

Insistons d’abord sur l’emploi dans ce secteur, non négligeable, et sur la révolution numérique qui s’opère actuellement dans ce domaine (elle même créatrice de richesse et d’emploi) : Développement des visites virtuelles, des écrans tactiles, de toutes ces nouvelles technologies qui changent notre rapport de visiteur aux collections présentées dans les lieux patrimoniaux :

Acteurs culturels

A l’échelle de grandes régions

Cet aspect est loin d’être sans intérêt. Quelques exemples, dans notre région ou ailleurs : Le Printemps de Bourges, c’est 240 000 visiteurs, qui vivent sur place et font marcher les commerces ; Le domaine de Georges Sand dans l’Indre, qui participe à la vie de la région rurale à la fois en captant les visiteurs pour qu’ils restent un peu sur le territoire, et en attirant les habitants par des manifestations régulières ; Le tourisme patrimonial rapporte chaque année 1,275 milliard sur le territoire de la région PACA, auquel il faut ajouter 19,2 millions d’euros de recettes d’exploitation des sites et 4 millions d’euros au titre des recettes diverses le produit des taxes de séjour. De plus, on estime que le patrimoine en Provence-Alpes-Côte d’Azur représente entre 48 000 et 50 000 emplois (Grands évènements comme le Festival de Cannes ou celui d’Avignon. Souvenirs de grands noms comme Picasso, Chagall, Matisse, Renoir, Bonnard ou Dufy qui y vécurent et célébrèrent, par leurs œuvres, son art de vivre).
(Source : C.R.T. PACA)

Conclusion :
Le tourisme culturel permet d’accroître l’attractivité et la compétitivité des régions. La dimension forcément locale de ce secteur d’activités est un facteur qui permet aux municipalités de se différencier sur une échelle régionale, nationale, voire mondiale.
Il n’existe certes pas de modèle applicable à tous. Il importe donc d’être pragmatique et laisser une réelle liberté aux différents intervenants des milieux touristiques et culturels. A charge pour les pouvoirs publics de promouvoir un vrai sens des responsabilités (à l’égard de nos ancêtres, de nos descendants et des contribuables).
Cela passe également par un minimum de vision commune, ce qui en l’état actuel des choses, n’est pas forcément gagné.


Commentaires

1. Le mercredi 25 avril 2012, 01:01 par S.L.

Si on coupe les racines d'un arbre, il ne fleurit plus.
Cultivons notre jardin...

2. Le jeudi 3 mai 2012, 08:58 par Paul H

Comme d'habitude, votre analyse est pertinente et bien présentée. Il y a cependant un point sur lequel je ne partage pas l'avis général: le frein constitué par les tarifs d'accès aux sites patrimoniaux. Je ne pense pas que des tarifs réduits (3€ au lieu de 4; 6€ au lieu de 10) attirera une catégorie de visiteurs qui sortira sans hésiter dix fois plus pour aller dans des parcs d'attraction de masse!

Je crois que c'est là surtout un problème de curiosité à développer. Il faudrait que notre système éducatif donne à chacun les bases nécessaires pour apprécier l'intérêt de ce patrimoine! Et je ne pense pas que ce soit en favorisant la sortie du système d'enseignement général à 14 ans qu'on y arrivera!

Autrechose: l'action culturelle, en France, est paralysée par la multiplicité des structures territoriales et administratives: Région, Département, Canton, Pays, Communauté de Commune, etc... Chez nos voisins britanniques, allemands ou italiens (pour ne citer qu'eux), il n'y a pas de collectivités comme certaines de nos communes qui ne comptent que quelques dizaines d'habitants! Et surtout pas ces superpositions et chevauchements de structures administratives souvent de sensibilité politique différente qui s'opposent au lieu de coopérer!

Et puis, il faut aussi admettre qu'il y a beaucoup de travail à faire pour restaurer nos innombrables monuments, alors que nos ressources financières ne sont pas extensibles à l'infini, et que de nombreux autres besoin se font sentir (éducation, social, santé, etc...).