David DALLOIS

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« Moi Président … la croissance sera nulle… »

Croissance nulleAu soir de son élection, François Hollande était un homme heureux.
C’est légitime.

Un an après, son bilan l’est beaucoup moins. Pour preuve, Les Echos titraient le 28 mars 2013 : Pouvoir d’achat : un recul inédit en trente ans.


A lui seul, ce titre résume les désillusions du début de mandat de François Hollande. Ce dernier est acculé à remettre en vigueur les idées Sarkosystes qu‘il raillait 12 mois auparavant.

Cela étant, cette perte de pouvoir d'achat, loin d’être conjoncturelle, n’est que la suite logique d'un long déclin : la France décroche et l'Allemagne nous a désormais distancés.

Ce que vit la France n’est pourtant pas une fatalité mais le résultat de 30 années de politique économique inadaptée…Il convient donc de faire le point sur la situation (I) et de reprendre de nouveau les pistes que nous proposons (II).

I - Où en sommes-nous ?

Depuis trois décennies, la France tourne le dos à la production et à ses entreprises pour miser uniquement sur la consommation. Une consommation qui est principalement alimentée par des transferts sociaux, eux-mêmes financés par l’emprunt.

Cette obstination à poursuivre dans cette voie ou le manque de courage pour s’en détourner, nous a conduits là où nous en sommes.

1.1 La dégringolade se poursuit :

Avec les 70 candidats libéraux, nous l'avons martelé durant les dernières élections législatives et rappelé dernièrement (La France en terrain glissant- Pour qui sonne le (ver)glas ?) :
Ni l'Etat, ni les collectivités locales n'ont réduit leur train de vie ou rationalisé leurs interventions.

Dans ces conditions, qu’un homme politique expérimenté puisse s'étonner que les impôts et taxes atteignent des niveaux records, ce qui brise la croissance économique et rogne le pouvoir d'achat, relève de la fourberie ou de l’incompétence.

Pour mémoire, Gerhard Schröder mentionnait dans le Figaro du 21 janvier 2013 L’Allemagne attend que la France fasse ses devoirs . Vu les chemins que nous empruntons, elle risque d’attendre longtemps …

Pourtant, le diagnostic dressé à l’issue des législatives était limpide (Clap de fin). Nous invitons les lecteurs à s’y reporter car depuis, rien ne s’est amélioré, bien au contraire. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil sur les perspectives de croissance pour 2013.

La croissance économique est au point mort :

Estimation croissance

Alain Madelin l’a répété durant des années, nous avons besoin d’une hyper croissance pour payer notre hyper dette. Et pour renouer avec la croissance, il faudrait déjà sortir de la crise. Contrairement aux idées reçues, celle-ci n’est pas la conséquence d’un excès de libéralisme, mais exactement l’inverse !

En effet, trois handicaps minent notre pays :
  1. Une crise de la dette publique, qui n’est rien d’autre que la faillite de l’Etat Providence ;
  2. Une sous-compétitivité structurelle de notre économie symbolisée par un déficit du commerce extérieur permanent ;
  3. Un Euro surévalué en voie d’implosion qui asphyxie des économies nationales moribondes.


1.2 Des remèdes inappropriés à la crise violente que nous subissons :

Cette première année du quinquennat a surtout été marquée par un déni de la réalité, par une incapacité à engager une réelle baisse des dépenses publiques, par un matraquage fiscal et social impressionnant et par un refus de décliner les quelques mesures innovantes du rapport Gallois.

Ces embardées ont largement contribué à détruire une croissance, qui de toute façon aurait été très faible. Beaucoup de choses ayant été très bien écrites sur ce sujet, il n’est pas nécessaire d’y revenir. En revanche, deux mesures méritent d’être soulignées :

  • La loi sur la sécurisation de l’emploi ;
  • Le crédit impôt compétitivité.

Ces deux dispositifs essaient de s’attaquer au corset qu’est la législation du travail et au manque d’investissement de nos PME.

Cela étant, même s’il faut saluer l’amorce d’une solution, elles sont beaucoup trop timides pour avoir un impact durable sur la compétitivité de notre économie et pour libérer les forces créatrices d’emploi.

Qui peut croire que ce sont avec ces seuls petits gadgets (auxquels on peut ajouter les contrats de génération) noyés dans un environnement anti-entrepreneurial que nous nous en sortirons ?


II - Les positions défendues par les libéraux :

2.1 Les raisons d’espérer une forte croissance …

Deux moteurs pourraient tirer la croissance dans les années à venir :

L’innovation :

Il est illusoire de penser rivaliser avec les pays en voie de développement en baissant notre coût du travail (surtout si nous sommes incapables de baisser nos dépenses sociales). A lutter sur ce seul créneau, nous trouverons toujours quelqu’un qui produira moins cher que nous !

En revanche, la recherche / développement et l’innovation doivent franchement être promues et l’enseignement supérieur doit s’extraire de sa paupérisation.

Prenons l’exemple de la robotique : Celle-ci a longtemps suscité la méfiance, pour ne pas dire la défiance. Elle était accusée de détruire des emplois ! Ce qui à très court terme peut être vrai. Pourtant à moyen terme, il est avéré que les entreprises qui utilisent ces technologies gagnent des parts de marché…et emploient davantage de collaborateurs…

Vu sous l’angle macro-économique, les pays qui investissent dans la robotique bénéficient d’une baisse de leur taux de chômage.

Malheureusement, les PME françaises semblent ne pas avoir compris le lien entre compétitivité et robotique. Ou plus grave, elles n’en ont plus les moyens !Nombre de robots en 2012

Le commerce international :

Aujourd’hui, la mondialisation permet à des milliards de personnes, d’être producteurs de biens ou services et d’être consommateurs.

Dans un article intitulé (La funeste tentation du protectionnisme), nous avions mis en garde contre les chimères défendues par les protectionnistes, ce que certains appellent « un protectionnisme intelligent » !

A ce titre, le projet de traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union Européenne, loin d’être un risque, peut être une opportunité. Le ministre des affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle le soulignait dans le Monde du 24 mai 2013 :

« Je pense qu’il faut conclure un large accord de libre-échange entre l’Europe et les Etats-Unis. Car les gains potentiels en termes de croissance, d’emplois…seront énormes ».

A l’inverse, la pitoyable décision de Bruxelles d’imposer 11,8 % de droits de douane aux panneaux solaires chinois n’aura pas d’autres effets que d’engendrer des mesures de rétorsion dont pourraient souffrir notamment … nos vignerons et … nos consommateurs de panneaux solaires !

Le Parti Libéral Démocrate l’a rappelé dans un récent communiqué :

« L'histoire nous apprend qu'ériger des barrières n’a jamais conduit à la prospérité économique. Cela a surtout freiné les échanges au détriment de nos consommateurs et de nos entreprises, et enclenché des guerres protectionnistes nuisibles à tous. Les mesures de rétorsion peuvent vite coûter cher à nos exportateurs déjà fragilisés par les charges que la France fait peser sur leurs épaules... Ce n’est surtout pas le moment d’entamer une guerre protectionniste qui viendrait menacer leur stratégie commerciale dans la durée vers l’Asie ».


2.2 ... et de mettre en œuvre la thérapie de choc ?

Répétons-le, pour tirer profit du commerce international et de l’innovation, nous avons besoin de personnes qui entreprennent (pour créer des entreprises) et prennent des risques, de capital (pour investir) et de flexibilité (pour s’ajuster aux conjonctures). Tout cela fait défaut et la politique gouvernementale accentue cette situation de jour en jour.

On prête volontiers à Winston Churchill la phrase suivante : On considère le chef d'entreprise comme un homme à abattre, ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char.

Peut-être était-ce vrai de son temps en Grande-Bretagne, mais c’est assurément le cas en France en ce début de XXIème siècle car ne subsiste en France que 185 entreprises employant plus de 5 000 salariés. Quant aux petits entrepreneurs, ceux qui travaillent seul ou avec quelques collaborateurs, ils ont clairement le sentiment de se « sentir méprisés ». Qu’un journal comme Marianne (n°836), qui ne brille pourtant pas par son libéralisme militant, consacre 8 pages à ce sujet en dit long sur le marasme actuel.

Tant que les choses n’auront pas été prises dans le bon ordre, c’est à dire qu’un plan de réforme cohérent et global ne sera pas méthodiquement décliné, nous continuerons à nous enfoncer dans le déclin puis dans la décadence.

Voici, pour mémoire 5 pistes de réformes, qui bien évidement, ne sont pas exhaustives :

1 - Une baisse massive des dépenses publiques :

Aucun programme politique ne sera crédible sur la baisse des prélèvements obligatoires s’il n’indique pas clairement quelles sont les dépenses publiques à amputer. Tout doit commencer par là.

2 - Une véritable révolution fiscale :

Baisser les prélèvements obligatoires, simplifier la fiscalité (Vers une [Contre] Révolution fiscale ?) et instaurer un impôt à taux unique (flat-tax) comme l’on fait avec succès de nombreux pays (Pays Baltes, Bulgarie, République Tchèque, Slovaquie, Russie, Hongrie, etc…).

3 - Une liberté retrouvée pour les entreprises :

Les entreprises ont besoin de stabilité, de confiance et de flexibilité (L’entreprise est le moteur de la croissance). Plutôt que remettre en cause le régime fiscal et social de l'auto-entrepreneur, il conviendrait de l’étendre à toutes les entreprises artisanales françaises.

De manières plus générales, il est primordial de simplifier le régime des indépendants, diminuer les charges des PME, les normes et les réglementations qui les brident.

4 - Un marché du travail qui soit véritablement un marché :

Il est évident que seul un marché du travail libéré pourra redonner confiance aux employeurs potentiels et permettre aux demandeurs d’emplois d’en retrouver un.

Ceci pourrait être obtenu grâce à :

a) La simplification du Code du Travail qui ne comprendrait que les grands principes. Le reste serait du ressort de la négociation entre employeurs et organisations syndicales.

b) L’abolition de la durée « légale » du travail ;

c) La diminution du coût du travail en retirant de la feuille de paye les 35 milliards de cotisations sociales destinées à la branche famille de la sécurité sociale.

d) Plafonner l’indemnité chômage à une fois le SMIC (cela diminuerait les cotisations et baisserait le coût du travail) et mettre en place une dégressivité des indemnités au fil des mois.

5 - Une refondation de la protection sociale :

Au fil des années, notre protection sociale est devenue illisible, non-pilotée et structurellement déficitaire (la nécessaire refondation de la protection sociale).

Bien entendu, un Etat moderne doit veiller à ne pas laisser les plus malheureux au bord de la route. Pour autant, le système actuel fait non seulement la part belle à aux « passagers clandestins » mais joue clairement contre la compétitivité de notre pays.

Une nécessaire refondation s’imposera tôt au tard. En d’autres termes, la sécurité sociale est elle en mesure oui ou non d’équilibrer ses comptes ? Et pour quelles prestations ?

Conclusion :

Notre perte de compétitivité s’accélérant de jour en jour, il devient urgent de révolutionner notre fiscalité, remettre à plat le financement de la protection sociale, relancer la recherche / développement, libérer l’économie … Nous l’avons dit et répété.

Mais, il faut également ne pas perdre de vue que le social-étatisme est la pensée dominante en France.

D’abord, François Hollande est prisonnier d’un entourage passéiste. Le Parti Socialiste qui tire à boulet rouge sur l’Allemagne et sa Chancelière en est le dernier avatar. Ensuite, le Front National est ouvertement sur une ligne dirigiste, étatiste et protectionniste.

Enfin, l’UDI et l’UMP ne doivent pas céder aux soubresauts de l’opinion. Il est nécessaire de prendre du recul, de poser le diagnostic et d’expliquer aux Français que les réformes qui nous attendent ne sont pas une punition mais une chance ! Elles ne doivent pas être présentées comme une contrainte imposée par les marchés financiers ou par la Commission Européenne mais comme le préalable indispensable pour vivre mieux demain.

A plus court terme, comme l’a écrit avec une pointe d’humour Gaspard Koenig sur Atlantico à l’occasion des obsèques de Margaret Thatcher :

« Pourquoi le gouvernement français serait bien inspiré de se procurer le livre de chevet de la Dame de Fer »


Margaret Thatcher

Friedrich Hayek
“The Constitution of Liberty”
“La Constitution de la liberté- traduction française de 1994”


Commentaires

1. Le mercredi 26 juin 2013, 03:18 par S.L.

Quel constat lucide.
Nous avons contribué à notre perte et nous continuons encore. Les sacrifices nécessaires à notre survie sont encore possibles et acceptables, mais jusqu'à quand.
Il faut penser à demain mais aussi au(x) jour(s) d'après.